L'or du Rhin

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L'origine de l'or du Rhin est à rechercher dans les filons de quartz des Alpes suisses désagrégés lors des grandes périodes d'érosion alpestre de l'ère tertiaire.

Les énormes fleuves des époques glacières ont entraîné ces débris pour les déposer sous forme de galets et de graviers dans les basses terrasses alluvionnaires du Rhin Moyen.

L'or se rencontre en fines paillettes dans le sable déposé aux têtes des bancs de graviers, généralement à l'aval d'une île de graviers (Goldgründe), souvent au milieu de gros galets.

 

L'orpaillage sur le Rhin est déjà mentionnée par des historiens de l'Antiquité (Diodore, Posidonios et Nonnos de Pannapolis) mais c'est au cours des XVIIIe et XIXe siècles qu'eurent lieu les périodes d'exploitation les plus intenses. Les orpailleurs, appelés Goldwäscher, Goldner, Goldgründer, Seyffenarbeiter... se rencontraient sur les deux rives du fleuve de Rhinau et Wittenweyer jusqu'à Daxland près de Karlsruhe. Les zones les plus riches se trouvaient au niveau de Humelingen et de Goldscheuer au Pays de Bade. Les souverains des bords du fleuve, comme le Grand duc de Bade jusqu'au milieu du XIXe siècle, frappaient des monnaies.

Le pays de Bade et l'Alsace ont livré entre 1750 et 1850 environ 500 kg d'or. Les meilleures années, on tirait du sable 15 kg d'or, ce qui était considérable.

Et en Suisse ?

L'orpaillage est encore pratiquée par divertissement le long de la vallée rhénane, mais c'est en Suisse, en aval de la source du Rhin, en amont de Disentis, que des activités d'orpaillage organisées sous une forme de loisir viennent de reprendre. Des camps d'été ouverts à tous sont organisés et les trouvailles sont transmises au Musée d'Histoire Naturelle de Berne.

Localisée en 1982 par un chercheur canadien, la présence d'or a été confirmée par la découverte depuis 1989 de nombreuses pépites fluviales. L'une d'elles, d'un poids de 123 g (pépite de 6 cm appelée Ara Fontanivas), est considéré comme la plus importante trouvaille en Europe de l'Ouest.

Le cours du Rhin n'est pas le seul à être sollicité en Suisse. De très nombreux ruisseaux aurifères sont activement fouillés et ont livré à travers l'histoire suffisamment de métal pour faire naître une tradition qui fait aujourd'hui partie intégrante du patrimoine culturel suisse.

 

La légende des Niebelungen

Une très ancienne légende de la mythologie germanique, mise en forme dès le 13e siècle sous forme d'un poème épique de près de 4000 strophes, donne à l'or du Rhin un singulier pouvoir. Le texte et l'histoire ont été adapté par Wagner dans sa tétralogie, L'anneau des Niebelungen, qui comprend quatre opéras : L'or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des Dieux.

Le Rhin cache de l'or gardé par de divines ondines, les Filles du Rhin. Tant que l'or reste au fond du fleuve, il est signe de pureté. Mais l'ignoble nain Alberich réussit à le voler et en forge l'anneau de la puissance dans son sombre royaume souterrain des Niebelungen. Wotan, chef des Dieux, reprend l'anneau et le reste de l'or et s'en sert pour acheter aux géants Fafner et Fasolt la déesse de l'amour, Freia.

L'or continue ses ravages : Fafner tue Fasolt pour éviter le partage et se transforme en dragon pour mieux couver le trésor. Le vol initial de l'or du Rhin a bouleversé l'univers, il faudra le restituer au fleuve. Cette tâche reviendra à Siegmund, puis à Siegfried. La restitution n'empêchera pas l'embrasement et la disparition du Walhalla, la demeure des Dieux.